Édito – N°3

23 décembre 2016

En matière de laïcité, pas de trêve des confiseurs. Du moins, c’est ce que laissent entendre les nouvelles polémiques sur l’installation de crèches de Noël dans les bâtiments publics.

À la mi-décembre, une crèche de 14 mètres carrés a été installée dans le hall d’entrée du siège de la région Auvergne- Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, membre des Républicains et proche des milieux catholiques. L’opposition dénonce une entorse à la laïcité et une provocation, la présidence de la région estime qu’il s’agit d’une exposition des savoir-faire en matière de santons.

Cette affaire illustre de nouveau la difficulté à distinguer un évènement culturel d’une manifestation cultuelle. Cette différence est pourtant soulignée dans les dernières jurisprudences du Conseil d’État, parues le 9 novembre dernier. L’instance rappelle que les expositions ont un caractère d’exception dans la loi de séparation de l’Église et de l’État. Aujourd’hui encore, on imagine mal un Christ du Gréco ou la peinture d’une scène biblique interdite de séjour dans un musée public. Or, dans certaines régions de France, la Provence par exemple, les santons des crèches de Noël sont considérés comme des éléments d’artisanat local purement décoratifs. Face à cette ambiguïté, le Conseil d’État rappelle que les crèches de Noël peuvent revêtir une pluralité de significations : folklore de décembre pour les uns, symbole chrétien pour d’autres. Il invite donc à prêter une attention toute particulière au contexte pour déterminer si la crèche est installée temporairement, si elle présente un caractère artistique ou festif, s’il existe des « usages locaux » ou si la crèche exprime une préférence voire une revendication religieuse.

La démarche est certes subtile, parfois difficile à comprendre. Elle est aussi l’illustration d’un fait social complexe : ce qui est clairement religieux pour certains ne le sera pas pour d’autres. La réponse d’une analyse au cas par cas n’est peut-être pas satisfaisante. Et pourtant, Romain Gary faisait dire à un de ses personnages : « Le blanc et le noir, il y en a marre. Le gris, il n’y a que ça d’humain ». Cette citation est tirée des Cerfs-volants (1980), un beau roman sur la guerre et la Résistance – sur fond d’histoire d’amour – que je vous recommande chaudement.

Sur ces quelques mots, je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année,

Louise Gamichon